GALERIE
TRISTAN DE QUELEN
Dernière acquisition :
Vign_del4

Le Bon Samaritain

Artiste : Ecole française XIXe siècle (?)


Date : vers 1820 (?)

Dimensions : 37,5 cm x 46 cm

Technique : Huile sur toile (encadrée)


« Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à demi mort. Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là ; il le vit et passa outre. Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre. Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. Il s'approcha, banda ses plaies, y versant de l'huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l'hôtellerie et prit soin de lui. (...) Lequel de ces trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme tombé aux mains des brigands ?" Il dit : "Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui." Et Jésus lui dit : "Va, et toi aussi, fais de même". » (Evangile selon St Luc 10, 29-37)

Notre tableau s'inscrit dans la tradition du paysage historique, à la fois par l'esprit - une scène biblique dans un paysage - et par la forme - paysage composé d'une manière proche de Nicolas Poussin : composition tout en équilibre, fort jeu de la lumière et couleurs vives et franches. On pense à un Jacques d'Artois, peut-être à un de ses élèves (Cornelis Huysmans ?) ou bien à un peintre français du début du XVIIIe siècle. Mais la facture indique une date peut-être plus récente. Il pourrait alors s'agir d'une peinture néo-classique, peut-être vers 1820 du fait d'une influence romantique dans le toucher très dans la pâte et le côté sombre de cette peinture.

Prix : 1.700 euros

Editorial Mai 2012
Vign_choix

Il y a deux siècles, sous la Restauration, il y avait deux camps dans l’art : les partisans de l’art néo-classique, suiveurs de David – l’art ancien, monarchiste, conservateur - et les partisans de Delacroix et de l’art « romantique » - moderne, libéral, révolutionnaire, populaire. Un troisième camp s'y est ajouté : celui des partisans du dessin – autour de Monsieur Ingres.
Bien sûr, cela est plus compliqué. La Restauration est une période où, entre 1815 et 1830, un foisonnement de styles se développe dans l’art, grâce à une nouvelle génération d’artistes et un esprit de renouveau en France. Mais sous l’influence des critiques – qui étaient principalement le fait des littérateurs (Théophile Gautier, Gustave Planche, Stendhal…) -, l’histoire de l’art a retenu ce clivage entre l’art d’un Gérard, d’un Géricault et d’un Ingres.

Un critique d’art qui n’était pas un écrivain professionnel, a peut-être fait preuve à cette époque de plus d’objectivité que les autres, en tout cas d’une recherche d’objectivité remarquable. Il s’agit d’Auguste Jal. Au delà des clivages, celui-ci a recherché le peintre-poète. Historiographe de la marine en 1831, Jal est attaché au dépôt des cartes et plans. Mais il poursuit en même temps une carrière de critique d’art. C’est peut-être sa double vocation qui lui donne ce recul dont il fait preuve.

En 1829, il écrit un remarquable petit ouvrage sur le célèbre tableau du Baron Gérard Le Sacre de Charles X (ci-dessus : première photo à gauche) : Le peuple au Sacre. Critiques, observations, causeries faites devant le tableau de M. le baron Gérard.
Il y fait se rencontrer un « bourgeois » et un « aristocrate ». Le premier, proche de l’auteur et des romantiques, reproche à Gérard d’avoir « laissé le Tiers-Etat à la porte » et vante, en comparaison, le Radeau de la Méduse (1824) de Géricault (ci-dessus : deuxième photo) qui lui, est formidablement vivant ! Le tableau du Baron Gérard Le sacre de Charles X (1827) est critiqué à cause de l’artificialité de la cérémonie; alors que le Radeau de la Méduse montre la vérité, selon Jal : le drame humain, conséquence d’un naufrage dû à l’incompétence du capitaine du navire parce qu’il avait été nommé par favoritisme et non par mérite. De plus, le tableau de Gérard est critiqué à cause de l’utilisation visible d’un « système » basé sur des leçons apprises et répétées. Ainsi, pour Jal et pour beaucoup de ses contemporains épris des idéaux de la Révolution, l’art doit être au dessus des règles et proche de la nature, tourné vers la modernité !

Certes les idées de Jal ont un biais révolutionnaire, libéral, voir populaire. Mais il sait nuancer grandement son propos et ses idées. C’est cela son grand mérite et son exemple.

Il ne choisit pas entre plusieurs « dieux » comme il les appellent avec humour dans sa critique du Salon de 1831, comme David, Delacroix ou Ingres (ci-dessus : troisième photo ; Portrait de M. Bertin).
Il fait aussi la différence entre les différentes « écoles » : si « l’ancienne école est morte » écrit Jal en 1831, « l’école nouvelle se débat entre deux ou trois systèmes ; celui qui parvient à dominer est représenté par M. Léon Cogniet, de la Roche, Steuben, et ; l’autre [les romantiques] a moins de chances, quel que soit le mérite des artistes qui le soutiennent. Il est parfois peu intelligible ; il cherche l’expression ; il tombe souvent dans la laideur en allant au naturel, et il repousse cette portion du public qui juge légèrement et s’arrête à la surface ». Pour Jal, les peintres les plus intéressants de son époque sont les « vrais modernes », ceux qu’il nomme « du juste milieu » : Delaroche, Léon Cogniet, Schnetz, Horace Vernet, Sigalon, Steuben et Léopold Robert.
Un système peut aussi être une technique : il écrit, par exemple ne pas bien apprécier les paysagistes Bertin, d’Aligny ou Corot à cause de « l’exécution » de leur peinture « plus habile qu'agréable ». « Leurs couleurs sont uniformes; tous leurs plans sont de la même facture, largement empâtés, mais sans profondeur.»
Jal fait aussi la différence entre les génies et leurs suiveurs, en critiquant cette mode de l’imitation si présente à Paris sous la Restauration. « Pourquoi cette manie de comparer ? »
Autre question, cruciale vers 1830 : tel tableau est-il de style « historique » ou est-il un tableau de genre ? Jal répond en nous donnant sa définition d’une belle œuvre d’art : « Je ne suis pas touché de ces observations. Y-a-t-il apparence de vérité, de réalité ? Y-a-t-il un intérêt dramatique qui m’attache? L’exécution est –elle bonne ? Voilà tout ce que j'ai besoin de savoir.» 

Tristan de Quelen

 
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